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Festival des illustrateurs de Moulins 2015

Partir à Moulins fin septembre, c’est avoir l’illusion que vous aurez, cette fois-ci, suffisamment de temps pour visiter le Festival: deux jours et demi, rien que pour les images et les rencontres, deux jours et demi pour se faire plaisir, échanger, rêver.

Festival des illustrateurs 2015

Vous commencez votre pérénigration, d’exposition en exposition – il y en a huit, consacrées à huit figures de l’illustration contemporaine. Vous tombez nez à nez avec le regard intense, étrange et troublant des personnages d’Ingrid Godon. Et là, quelque chose que vous ne pouvez décrire précisément commence à se passer en vous… Peut-être aurez-vous ensuite la chance de visiter les sous-sols de l’imprimerie, hôte des peintures de l’artiste, et vous pénétrerez alors dans des espaces voutés du XVe siècle, récemment exhumés et encore dénués de toute nouvelle occupation. Sans vous en rendre compte, vous échappez (encore un peu plus?) à vous-même.

Le lendemain, vous prenez part à la journée professionnelle. A travers des interviews – des conversations plutôt –, vous découvrez les artistes de l’édition 2015, leurs parcours, leurs références, leurs techniques, leurs motivations, leurs mondes. Ces univers, très riches, très différents les uns des autres, vous imprègnent et, mystérieusement, commencent à dialoguer, s’entre-choquer, en vous. Et là, vous ne savez plus très bien qui vous êtes… mais rien de grave nous vous arrivera. Peut-être une certaine ivresse, une sorte d’euphorie s’emparera de vous.

Au coin de la rue, il fait soudain frais. Une petite troupe – d’abord deux, puis quatre, puis huit personnes – s’engouffre avec vous dans un bistrot. C’est comme cela que vous rencontrez, des artistes, des passionnés d’illustration et quelques éditeurs indépendants invités au Festival. «Jeunes, talentueux, farouchement indépendants» , ils le sont, certes, mais vous les découvrez aussi drôles, sympas et pas prétentieux pour un sou.

Plus qu’un jour. Vous vous rendez à la Médiathèque et c’est le monde de Mélanie Rutten. Avec la pointe du pied, pour ne pas faire craquer les brindilles, puis sans mesure, vous plongez dans sa nature accueillante, peuplée et vibrante. Une nature qui invite à l’observation, au voyage et à la rêverie.

De l’autre côté de la cour, voilà déjà les installations de Claire Dé. Celle-ci y anime justement un atelier avec des enfants et leur parents. Des mondes merveilleux et éphémères – de sensations, matières, formes et couleurs – se construisent et se métamorphosent au gré des jeux des jeunes artistes.

Vous quittez cette aire d’exploration. Vous voici à nouveau au cœur de la cité. Les images puissantes, profondes et denses de Susanne Janssen vous saisissent. Est-ce une musique sacrée, une tempère homérique qui vous envahit?

Votre voyage s’accélère un peu. A chaque coin de rue, vous retrouvez un visage amical et vous poursuivez une conversation amorcée la veille. Un léger stress vous gagne. Il reste tant à voir. Mais à la Galerie des Bourbons, le temps prends soudain un autre rythme, plus régulier et comme imposé par votre regard, mais c’est le rythme de Marion Fayol, la plus jeune des talents de cette année qui mène la cadence. Vous êtes captivé par son alphabet de personnages et par la grammaire singulière qui fait vivre à ces derniers de petites (ou grandes) histoires absurdes, saugrenues, poétiques aussi.

Aurez-vous le temps de visiter les espaces consacrés aux trois «derniers» artistes à l’œuvre colossale que vous connaissez peut-être mieux… Il le faut pourtant - absolument!

Claude Ponti. Comme si vous aviez la vie devant vous, voilà que vous vous mettez à compter les poussins, les livres, les objets volants … de ses images grouillant de détails, dans lesquelles Claude Ponti «aborde, à sa façon, les grandes questions, la vie, la mort, l’amitié (…)» .

Nicole Claveloux. Vous êtes, une fois de plus, frappé par la très grande diversité des techniques et des narrations de ses images. Leur «réalisme magique » ne dessine-t-il pas les énigmes qui sont en nous?

Plongée dans ces réflexions, vous vous hâtez vers l’exposition de Sempé. Comment avec son trait, simple et délicat, parvient-il à exprimer tant d’atmosphères, de situations… qui vous amusent, vous questionnent ou vous bouleversent?

Entre les parcours très contrastés de ces grands artistes, vous semblez déceler une quête commune, incessante et obstinée du trait, de la forme, de la couleur, de l’idée… la plus juste et la plus honnête possible. Par son langage propre et par son propos, chacun d’entre eux vous a touché.

Texte de Brigitte Praplan